Gérer la "dissonance cognitive" pour éviter les fiascos de l'Arche de Zoé et de la Société Générale.
Par Marc VACHON le mardi 29 janvier 2008, 14:28 - Conseil en Management - Lien permanent
Cet article fait l'hypothèse que la même cause a produit les mêmes effets au sein de la Société Générale et de l'Arche de Zoé. La "dissonance cognitive" serait à l'origine des échecs de ces deux organisations aux caractéristiques pourtant bien différentes...
La Société Générale est l'une des principales banques française, tandis que l'Arche de Zoé est une petite association a but non lucratif. La première vient de perdre 5 milliard d'Euros, la deuxième voit plusieurs de ses membres condamnés à 8 ans de prison. Que vient faire la "dissonance cognitive" dans ces deux affaires ?...
La "dissonance cognitive" qui peut se traduire par "conflit d'attitudes", est un concept inventé dans les années 50 par Monsieur Leon Festinger, un chercheur américain. Ce concept ou cette théorie peut être définie comme : le conflit intérieur que ressent un individu lorsqu'il doit adopter une attitude en contradiction avec ses attitudes antérieures. En d'autres termes, la "dissonance cognitive", c'est la difficulté de se sentir en contradiction, entre ce que l'on peut avoir envie de faire ou de penser, et ce que l'on a pris l'habitude de faire ou de penser. Pour faire simple, avec "la dissonance cognitive", une fois que "le pli est pris", il est difficile d'en changer... On peut aussi parler de "soucis" ou "d'envie de cohérence", ou même encore de "réflexe de cohérence" inhérent à l'être humain, et même à tout être vivant.
NB : Il y a bien des exception au "réflexe de cohérence" chez l'Homme, à l'instar des personnes souffrant de pathologies mentales graves. Encore que l'on puisse reconnaître un soucis de cohérence aux manifestations de la folie. Mais ce n'est pas le propos...
Bref, l'être humain a besoin de cohérence, comme il a besoin de repères stables, comme il a besoin de température constante au risque de tomber malade dans le cas contraire,...
Conservons cette comparaison pour la démonstration... Question : Comment réagit le corps humain lorsqu'il y a une baisse de température ambiante ?... Réponse : Il tend à s'adapter naturellement ; avant que notre esprit nous "incite" à augmenter le thermostat du radiateur (ou à mettre un pull pour les plus écologistes...), notre esprit "incite" notre corps à se réchauffer automatiquement, naturellement, "réflexivement", pour s'adapter à la baisse de température ambiante.
Mais « tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ». A ce processus naturel hautement sophystiqué et salvateur, vient se rajouter un grain de sable qui peut tout détraquer (un grain de sable qui serait donc certainement à moudre, pour faire le lien avec mon précédant article au sujet de la résolution de problème). Et ce grain de sable, c'est : l'égo. Encore appelé "orgueil" pour les plus moralistes. Cet égo qui, ajouté ou intégré à la "dissonance cognitive", va nous conduire à nous "enferrer dans nos positions jusqu'à la mort" (au sens propre comme au sens figuré) : on ne change pas de direction quand on voit un danger, on l'occulte et on ne voit plus que les avantages à continuer dans la même direction, car cela nous conforte dans notre décision initiale, car cela nous conforte dans notre égo. C'est l'excès de confiance en soi et de détermination dont il s'agit là. Et si l'on nous reproche parfois de manquer de confiance en soi ou de détermination ; force serait de nous reprocher d'en avoir trop, lorsqu'apparaissent les effets pervers de la "dissonance cognitive" !...
Certains psychologues ou philosophes pourraient argumenter qu'un excès d'égo, de confiance en soi ou de détermination ; c'est précisément le signe d'un manque d'égo, de confiance ou de détermination "authentique"... que l'on cache par une auto-persuasion et des comportements "jusqueboutistes". Mais ce n'est pas non plus le propos ici.
Et j'en reviens donc aux catastrophes de la Société Générale et de l'Arche de Zoé.
Tout d'abord, Monsieur Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale soupçonné d'être responsable d'une perte de 5 milliars d'Euros, s'est, à mon avis, enferré dans ses positions ; ce qui le destinaient à la sienne, de perte, en raison de sa "dissonance cognitive" : je joue, je gagne un peu, je perd beaucoup, je regagne un peu, je reperd beaucoup plus, mais je continue à jouer de la même manière, je ne cherche pas à jouer autrement, car je ne veux pas apparaître comme un joueur médiocre, alors je triche, pour avoir "l'image" d'un bon joueur, jusqu'à ce que la réalité me rattrape... Je pourrai utiliser le même "jeu" de mots (ou maux) pour un joueur compulsif de casinos qui dilapide son argent et celui de sa famille.
Quant à Monsieur Eric Breteau, responsable de l'Arche de Zoé , il s'enferre également dans ses positions. Condamné à 8 ans de prison, il fait actuellement une grève de la faim, jusqu'où ira-t-il ? Et surtout pour quelle raison ?... Je fais également l'hypothèse de la "dissonance cognitive" : il s'est laissé embarqué dans sa propre galère dont il n'a jamais voulu modifier le cap, malgré les innombrables récifs qu'il voyait poindre à l’horizon, trop fier de sauver un nouveau monde, et trop lié par les promesses faites à ses amis armateurs, en attente du retour de leur héros ! Je me permet ici une métaphore navale qui porterait à sourire étant donné le nom de l'association en cause, si le résultat n'avait pas été le "naufrage"... Certains diront : « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? ». En revanche, d’autres plus proches, qui le soutiennent depuis le début, sont victimes également d'une "dissonance cognitive" collective (qui n'est pas sans rappeler certains phénomènes sectaires...), puisqu'ils prétendent toujours qu'Eric Breteau : « n'a rien fait de mal, il voulait juste sauver des enfants. ». L'enfer, auquel je ne crois pas vraiment, est pavé néanmoins de bonnes intentions, paraît-il, mais à cause de la fameuse "dissonance cognitive" selon moi...
En raison de ces deux exemples funestes, je recommande aux managers de savoir gérer la "dissonance cognitive" de leurs équipes et de savoir gérer leur propre "dissonance cognitive". Je vais d'ailleurs m'occuper de la mienne immédiatement après avoir publié cet article...
__Pour "apprivoiser" les "dissonances cognitives" de votre entreprise :