La phobie de l'engagement est tendance. Elle est actuellement à l'affiche des cinémas avec plusieurs films "tournés" autour de ce sujet. Les "psys" et les sociologues en parlent, et en entendent parler depuis bien plus longtemps. Ce phénomène a en fait toujours existé, mais il a notamment pris de l'ampleur au début des années 2000, avec l'arrivée à la trentaine des bébés des sixties. C'est un phénomène de "Société" et de "société". Que se passe-t-il dans la tête des "managers" et des "managés" face à leurs problématiques d'engagements ?...

Les dirigeants d'entreprises ont peur d'engager directement quelqu'un en CDI, autant que les hommes, ou les femmes, ont peur de s'engager dans une relation durable et exclusive. L'engagement fait peur parce qu'on a peur des risques, peur de renoncer à d'autres opportunités, peur d'être emprisonné par les décisions prises, peur d'être déçu, peur de souffrir, peur de faire souffrir,... Résultat : on ne choisit pas vraiment, on ne décide pas vraiment, on s'engage en amour comme en argent par "intérim". Et puis on se dit "qu'on verra bien". Si ça marche, on fera un CDD, et si ça marche, on fera un autre CDD, et si ça marche, on fera un CDI avec une période d'essai renouvelable, une fois, deux fois,... Pourquoi ne pas fonctionner comme cela après tout, au lieu de s'engager tout de suite en CDI pour le meilleur et pour le pire ?...

Pour moi la réponse est claire : dans ce processus, il manque de la "projection optimiste". Tel quel, ce processus contribue à faire capoter toute relation si on n'y ajoute pas une "projection de perspective durable". Il faut avoir la volonté que toute relation initiée soit infinie et indéterminée dans le temps. Il faut faire cette projection mentale de longue durée immédiatement et systématiquement au commencement de toute relation. Et d'ailleurs, cette projection de perspective durable, cette anticipation de durée et de "durer", permet bien souvent de savoir si la personne est bien "la bonne" pour son entreprise ou son projet de vie personnel.

Cela ne veut pas dire qu'il faut se jeter à corps perdu dans une relation avec le premier "candidat" venu. Sans quoi, l'on risque de se retrouver fort dépourvu lorsque la bise sera elle même venue... Projeter, visualiser qu'une relation va durer dans la joie, la bonne humeur, et aussi dans la performance... n'empêche pas la prudence et la progression. Au contraire, il faut lier les deux. "Je m'engage progressivement dans la perspective d'une relation durable et satisfaisante pour les deux parties.". C'est à mon sens, le leitmotiv approprié.

Cela n'empêche pas non plus de se désengager si la relation n'est plus satisfaisante pour les deux parties. Les pouvoirs publics ont d'ailleurs conçu une procédure simplifiée de divorce et conçoivent actuellement une procédure simplifiée de licenciement. Cela me semble également approprié. Cependant, il ne faut pas que la première difficulté venue soit prétexte à un désengagement qui détruirait en un clin d’œil tout ce qui a été patiemment construi auparavant. Un scoop au passage : il est plus facile de détruire que de construire, il est plus facile de perdre plutôt que de gagner,... au cas où on l'aurait oublié.

Un leitmotiv encore plus approprié que le précédant me semble être : "Je m'engage a construire progressivement une relation durable et satisfaisante pour les deux parties, mais je m'engage également à me désengager de la relation, si cette relation n'était plus satisfaisante, après avoir suffisamment et sincèrement essayé de la construire". En clair : "faut pas faire semblant d'essayer de gagner."

Lorsque l'on est dans cette état d'esprit, l'engagement devient libérateur. Il permet de construire avec un meilleur rendement et une meilleure productivité, ce que l'on n'aurait jamais pu réaliser seul ou avec un intérimaire du "pseudo" bonheur. Il y a bien quelques peurs qui subsistent. Il suffit de les contrebalancer avec la tranquillité d'esprit de ne plus avoir à chercher, à connaître, à former d'autres "candidats", à se former avec d'autres "employeurs". Reste le risque de passer à côté d'un meilleur candidat. Reste le risque d'être déçu. Reste le risque de souffrir d'un désengagement de l'autre, après un lourd investissement de sa part. Certes, tout ceci est à peser dans la balance. Mais si l'engagement dans une perspective durable s'est fait progressivement, il y a eu un jeu de donnant-donnant qui s'est installé graduellement, du bonheur et de la performance qui a été acquise quoi qu'il advienne ensuite.

Mais c'est le choix de chacun. Chacun verra s'il préfère acheter du bonheur et de la performance par intérim toute sa vie ou s'il décide un jour, avant la fin du jour, de passer à la vitesse supérieure... Après tout ce ne sont que mes "il faut, y a qu'à, faut qu'on" que je projette aujourd'hui dans cet article.

marc.vachon@profitable-creativity.com