Un réacteur nucléaire dysfonctionne dans un pays et c'est le monde qui panique...

Il y aurait déjà près de 400 réacteurs nucléaires à travers le monde ; et certains en prévoit 600 pour 2030...

Quelle est la probabilité pour qu'une situation similaire voire pire se renouvelle eu égard aux catastrophes naturelles, actes de terrorisme, ou tout simplement à cause d'erreurs humaines ?...

Je vous laisse résoudre cette équation morbide...

J'apporte aujourd'hui simplement un commencement de réponse aux questions "managériales" suivantes :

Pourquoi attend-t-on de se retrouver dans le mur pour prendre les mesures qui s’imposaient depuis longtemps ?

Pourquoi ne voit-on pas tous les STOP et les feux rouges que nous envoie la vie pour arrêter de nous conduire à notre perte ?

Dans l'exemple qui nous préoccupe actuellement, les dirigeants japonais ont fait preuve :

- d’incompétence : ils ne savaient pas que leurs centrales nucléaires ne résisteraient pas à un séisme de 9 sur l’échelle de Richter.

- d’aveuglement : ils ne voulaient pas "voir" qu’un séisme de cette magnitude se produirait probablement un jour ou l’autre.

- de malhonnêteté : ils ont caché à leur nation et au monde d’innombrables fuites et accidents nucléaires depuis des décennies.

- de despotisme : ils n’acceptaient aucun lobby écologique, aucune contestation, aucune surveillance indépendante de leurs centrales.

- de cupidité : ils ont sous-traité la gestion des centrales à des entreprises privées sous capitalisées et sous payées par rapport à l'importance de leurs tâches.

Toutes les conditions étaient réunies pour que le pire se produise.

Et encore je ne parle pas des 15000 victimes de la catastrophe naturelle.

Je parle simplement du nombre incalculable de victimes directes et indirectes des radiations, qui souffriront de maladies et handicapes multiples et variés pendant plusieurs générations, non seulement au Japon, mais également dans les pays voisins, et peut-être même à l’autre bout du monde.

NB : La contamination directe provient de l'exposition de l'Homme à la radioactivité "sans intermédiaire" ; la contamination indirecte provient de l'exposition de l'Homme à la radioactivité "par l'intermédiaire" d'autres sujets ou objets qui sont contaminés : les Hommes, les animaux, les aliments, l'eau, mais également des biens de consommations importés des pays exposés...

C’est malheureusement une "attitude destructrice universelle" que d’attendre d’être dans le mur pour envisager sérieusement de changer nos manières de faire.

On retrouve cette attitude de "déni du réel", de refus de marquer les STOP, à l’échelle d’un pays, d’une entreprise ou d’une personne.

Les événements les plus graves ne nous arrivent que très rarement par hasard ou par malchance.

C’est généralement des comportements répétés qui entraînent finalement l’accident fatal.

Et on a généralement plein de signaux d’alertes qui nous avertissent que les choses risquent de mal tourner.

Et pourtant, pourtant, on continue sur la même voie, ou au mieux, on ne change que très (trop) sensiblement nos comportements, pour que cela change réellement le triste résultat final.

Alors pourquoi, pourquoi ne changent-t-on pas de cap quand il est encore temps de limiter les dégâts, avant qu’il ne soit trop tard ?

La réponse on la retrouve dans le fameux concept de "dissonance cognitive" (un concept que j’ai déjà développé plusieurs fois dans ce blog)…

Mais la réponse on la trouve aussi et surtout dans un concept beaucoup plus simple de "manque de courage" par rapport à soit même et aux autres…

Un concept que l’on pourrait encore appeler le concept du "On ne change pas une équipe qui gagne" (ou du moins "qui ne perd pas trop") ; ou bien encore le concept du "Quand les choses marchent à peu près, on ne touche à rien" ; traduit en américain par : "When it works, don’t fix it!" (littéralement : "Tant que ça marche, ne répare pas !).

On pourrait aussi évoquer le concept de "réticence au changement" : une réticence qui dans certains cas est salutaire (car je ne dis pas qu'il faut tout le temps tout changer), mais qui dans d'autres cas, sera destructrice.

Le problème c'est qu'un système qui fonctionne pas trop mal "en apparence" quand on fait de l’angélisme, l’autruche (la tête dans le sol) ou de la méthode Coué ; ce n’est pas un système qui fonctionne forcément bien "en réalité" ; et c’est peut-être même un système qui est complètement dégénératif.

Le problème c'est aussi que personne au pouvoir n’ose déplaire et s'opposer aux autres (ou à soi-même) pour trouver et mettre en œuvre des solutions alternatives qui permettraient d’éviter les catastrophes.

Personne au pouvoir n’ose remettre en question l’ordre établi l'avis du plus grand nombre, quand cela remet en question son propre confort, et quand cela risque de remettre en question son propre statut de chef.

Personne au pouvoir n’a le courage de se faire "abattre" par les autres, en dénonçant un système qui ne tourne par rond et qui peut engendrer le pire, alors qu’en apparence tout semble tourner à peu près.

Dans des articles antérieurs de ce blog, j’avais cité les exemples de l’Arche de Zoé, de la Société Générale et de Jérôme Kerviel, de l’équipe de France de Foot en Afrique du Sud, des Etats-Unis et la crise financière, de maladies de personnes, de dysfonctionnements d’entreprises ou de pays.

J’ajoute aujourd’hui bien tristement à la liste des "systèmes dégénératifs créés par l’Homme" l’exemple de la catastrophe nucléaire au Japon.

Pour ceux ou celles qui voudraient que je ré-explique cette idée de manière ultra simple : pensez à Frankenstein, à Terminator ou Irobot...

Dans ces fictions, les robots symbolisent à mon sens le système de pouvoir créé par l'homme et pour l'homme. Un système qui finit par prendre le pouvoir sur l'homme, et le détruire, alors qu'il y avait des signes avant coureurs de cet aboutissement macabre.

Des fictions qui sont aujourd'hui malheureusement dépassées par la réalité...

L’un de mes lecteurs, Alex, qui se reconnaîtra, me dirait sans doute : "oui, ok, j’adhère, mais qu’est ce qu’on peut faire avec tout cela, comment on peut se servir de cette analyse ?"

Ma réponse à cette question sera l'objet d'un prochain article.

Marc Vachon (33) (0)4 78 89 94 13

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