Tout accuse le chauffeur du train : - le train et la ligne ferroviaire emprunté venait d'être inspecté et déclaré en parfait état, - les enregistrements prouvent qu'il roulait trop vite, - le chauffeur avoue sa faute, - le chauffeur se vantait sur les réseaux sociaux de rouler régulièrement en excès de vitesse...

Et pourtant, de mon point de vue, il n'est pas coupable !

Ou en tous cas, il n'est que partiellement coupable : il ne doit pas endosser plus de 50% de la responsabilité.

Le principal responsable est selon moi la RENFE (la société espagnole des chemins de fer) et ses dirigeants.

En effet : - Qui a recruté ce chauffeur ? - Qui l'a formé ? - Qui l'a encadré ? - Qui l'a surveillé ? - Qui l'a laissé conduire seul et sans limitateur de vitesse ? - Qui n'a fait installer sur les voies qu'une alarme à l'entrée du virage (et non en amont) ?

Etc...

Tout cela renvoie non pas à un problème d'individu agissant seul « en loup solitaire » hors de toute structure ; cela renvoie à un problème d’individu qui est employé par une entreprise, qui est sensé faire partie d’une équipe, et qui doit être en principe dirigé, « managé » convenablement (d’autant qu’il a la vie de centaines de personnes entre ses mains tous les jours).

Tout cela renvoie donc à un problème de management.

Soit les managers savaient que l'individu avait un comportement à risque et que ses conditions de travail au sens large (formation, encadrement, surveillance, solitude, alarme de dernière minute,...) n'étaient pas adaptées ; dans ce cas, les managers de la RENFE sont négligents et malhonnêtes.

Soit les dirigeants ne savaient pas ; et auquel cas ils sont incompétents.

Mais dans les deux cas, les managers de la RENFE doivent être condamnés (au moins à part égale avec le chauffeur de train).

La situation ressemble à l'affaire du trader Jérôme Kerviel salarié de la société générale (voir l'un de mes précédents articles), à l'attaque terroriste du World Trade Center en 2001...

Cet événement fait référence à la dilution de la responsabilité collective, au sein d'une entreprise mal organisée, avec de multiples chefs, sous-chefs, sous-sous-chefs, qui ne savent plus vraiment de quoi ils sont responsables...

Cet événement fait aussi référence à la peur d'exprimer un désaccord, de mettre le doigt sur les problèmes, dans une société en crise où chacun craint de perdre son job s'il l'ouvre trop...

La suite de l'histoire, on la connaît déjà : le chauffeur va jouer les boucs émissaires, et on va pouvoir vérifier le modèle managèrial suivant :

Direction éclatée, émiettés ou multi-parcellisée + peur de critiquer le système établi => information noyée => dilution de la responsabilité => concentration de la responsabilité (sur un seul homme) lorsqu'un problème grave apparaît !

Marc Vachon