Tout d’abord, comme la plupart des français suivant l'actualité au sujet des élections présidentielle saméricaine depuis quelques mois, je n’ai pas vu arriver la victoire de Donald Trump.

Les sondages lui étaient défavorables au moins concernant les écarts avec sa rivale, Hilary Clinton. Et les journalistes mettaient peu l’emphase sur la dynamique récente qui semblait montrer une réduction de cet écart.

Du coup, tout le monde a été surpris, moi inclus.

Mais à ma décharge, je dirai que je ne me suis pas intéressé de près aux chiffres et commentaires des journalistes et autres experts, dont sur ce coup je ne faisais pas partie (ayant d’autres missions professionnelles plus accaparantes à remplir) : je n’ai été jusqu’à présent qu’un français moyen écoutant normalement l’actualité sans trop me pencher sur le sujet.

Maintenant, étant donné l’onde de choc, je reprends pour quelques lignes ma posture de consultant.

Certes, il est plus facile d’expliquer à posteriori, que prévoir à priori, voici toutefois mon point de vue…

Première raison de la victoire de Trump :

La supériorité « empathique » de Trump par rapport à Clinton a été un critère de choix plus important pour les électeurs américains, que la supériorité « technique » de Clinton par rapport à Trump. C’est l’humain naturellement proche des gens, reconnaissant en plus ses travers, qui l’a emporté ; face à la froideur d’un être robotique qui se force artificiellement à aller au contact d’autrui, et qui à fortiori ne veut pas reconnaître ses imperfections et ses erreurs…

Deuxième raison de la victoire de Trump :

La supériorité de la « projection » de Trump par rapport à Clinton, a été un critère de choix plus important pour les électeurs américains, que la supériorité de la « programmation » de Clinton par rapport à Trump. Il n’est pas question ici d’aborder le fond de la projection de l’un ou de la programmation de l’autre, il est question ici de défendre l’idée que le concept de « projection » (vision, finalités, valeurs, objectifs ultimes…) est plus puissant en communication que le concept de « programmation » (programme, planification, plan d’action, ressources et moyens pour y parvenir…). Le tableau (la destination) finale est plus attrayant que les coups de pinceaux (le voyage) pour y accéder. Et il est plus facile de communiquer de manière claire, simple et cohérente sur une vision, que sur un mode de réalisation. Le récepteur du message, en l’occurrence l’électeur politique, aime la clarté, la simplicité et la cohérence.

Troisième raison de la victoire de Trump :

Cette raison est en revanche une question de fond. C’est l’idée selon laquelle les hommes et femmes politiques, ainsi qu’une élite bobo coupé des réalités, aux États-Unis et à travers le monde, notamment en France, auraient placés « le curseur trop loin en matière d’ouverture et de tolérance à l’étranger » (au sens de ce qui est différent, ce qui est à l’extérieur…). Une majorité bienpensante depuis la deuxième guerre mondiale, depuis la création de l’union européenne, depuis la création des nations unis, depuis mai 68… nous rabat les oreilles qu’il faut être ouvert et tolérant, que l’entre soi et la fermeture c’est « mal », c’est « la fin de tout », qu’il faut aller vers l’autre et l’accueillir à bras ouverts. Pour quel résultat ? Celui que nous vivons aujourd’hui et qui n’est pas perçu par la majorité des citoyens comme brillant, loin s’en faut. Alors certains ont commencé à se dire : « Et si on était allé trop loin en matière d’ouverture et de tolérance ? Et si on avait été un peu trop naïf sur la capacité et la volonté de l’autre à nous enrichir ? Et si l’autre ne nous voulait pas à priori que du bien ? ». Et en votant Trump, ils ont répondu par la positive à ces questions. Ce qui revient à dire : « non à l’ouverture et la tolérance naïve ». Il ne s’agit pas de cautionner la construction de murs opaques entre les populations, les communautés, les pays, les territoires, etc… mais il s’agit peut-être de défendre la mise en place de barrières transparentes avec des portes d’entrées et de sorties, davantage raisonnées, davantage régulées, et sans doute moins naïves que nous l’avons peut-être été par le passé…

Pour finir, la raison de ne pas trop s’inquiéter de la victoire de Trump : Il entre dans une organisation étatique avec une structure démocratique et des gardes fous. Il va endosser le costume de président empreint d’un système, d’une culture, de personnels implantés dans l’État. Un président n’est pas qu’un acteur-décideur, c’est un acteur-décideur dans un système qui infléchira sa posture. Et d’ailleurs son premier discours rassembleur montre déjà cette inflexion…

MARC VACHON, CONSULTANT-CHERCHEUR EN MANAGEMENT